3. Déchiffrer la mesure d'impact

Updated: Jun 14

L’impact investing intègre une troisième dimension au couple financier traditionnel “risque-rendement”. Il rassemble les investissements réalisés dans l’intention de générer un impact social et environnemental positif et mesurable, ainsi qu’un rendement financier. C’est avant tout une nouvelle manière d’investir, une opportunité d’exploiter le pouvoir du capital tout en contribuant à l’amélioration de notre environnement et de notre société. Embarquez avec nous dans la série “Devenir investisseur à impact” pour tout comprendre sur l’impact investing.



Comme tout secteur innovant, l’impact investing crée ses propres normes et sa nomenclature. Pas toujours facile de s’y retrouver. Nous vous proposons aujourd’hui de décoder les bases de la mesure d’impact, en vous expliquant les typologies d’entreprises et d’investisseurs, les 5 dimensions de l’impact et les indicateurs utilisés pour mesurer l’impact concret des investissements.


Les entreprises et les investisseurs


L’IMP (Impact Management Project) est un forum regroupant les grandes organisations internationales actives autour de l’impact investing. Il cherche notamment à établir un consensus mondial sur la manière de mesurer, de gérer et de signaler l'impact sur les personnes et la planète. Dans l’un de ses travaux fondamentaux, il classe les entreprises comme appartenant chacune à l’une des 4 catégories A, B, C ou D :

  • Celles qui peuvent causer ou causent des Dommages (D), autrement dit des entreprises qui ont des externalités négatives sur les personnes et / ou la planète.

  • Les entreprises A qui Agissent pour éviter les dommages et réduisent leurs risques en prenant en compte des critères extra-financiers tels que les critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance). Les indicateurs ESG sont de plus en plus considérés dans les entreprises et dans la finance car ils sont souvent une mesure non financière de la santé des opérations d’une entreprise. Autrement dit, si une entreprise a des pratiques laissant à désirer, son rendement risque de faiblir dans le futur car elle ne se sera pas préparée à être une entreprise responsable.

  • La catégorie B des entreprises sont celles qui Bénéficient les parties prenantes. Ces sociétés prennent en compte tous les acteurs sur lesquels elles ont une influence, bien au-delà des actionnaires. Elles évaluent leur impact et agissent pour diminuer les externalités négatives sur leurs parties prenantes comme la société au sens large, leurs investisseurs, leurs clients, leurs employés, leurs fournisseurs et l’environnement. C’est le cas par exemple des sociétés labellisées b-corp, une certification qui veut dire “benefit corporation” en anglais et qui est attribuée aux entreprises commerciales répondant à des exigences sociétales et environnementales, de gouvernance ainsi que de transparence envers le public.

  • Enfin, les entreprises C, qui Contribuent aux solutions, sont celles qui cherchent à résoudre des enjeux au-delà de la prise en compte de critères extra-financiers. Leur modèle d’affaires est tel que plus elles font de bénéfices, plus elles ont un impact positif. À titre d’exemple, African Clean Energy qui produit et distribue un système d'énergie hybride, permet l'accès à une énergie propre pour les ménages ruraux des pays en développement. Ce système réduit l’utilisation de la cuisson à feu ouvert, obtenant ainsi un impact positif à la fois sur la santé humaine et l’environnement.


Côté investisseurs, nous vous parlions brièvement dans le premier article de notre série des 4 types d’intentions. Regardons-y de plus près :

  • L’investisseur traditionnel vise un rendement financier uniquement. Cet investisseur peut également investir dans des entreprises qui ont un impact positif, cependant les externalités positives ne sont pas un critère d’investissement, le rendement financier étant son principal objectif.

  • L’investisseur ESG prend en compte des critères extra financiers, surtout afin de mitiger le risque. Par exemple, en étant prudent vis à vis des émissions de gaz à effets de serre, cet investisseur cherche avant tout à éviter les risques tels que des amendes, des procès ou des grèves. Le but principal n’est pas d’améliorer l’environnement ou la société mais d’éviter les risques qui y sont liés.

  • Alignement des valeurs : cet investisseur signale que certains critères au-delà du rendement financier sont également importants. Par exemple, à rendement financier égal, cet investisseur favorise l’investissement dans une entreprise textile qui a une production locale, avec des fibres naturelles biologiques et des procédés responsables, plutôt que dans une entreprise textile classique. L’investisseur indique via l’allocation de son capital que la prise en compte de facteurs sociaux (respect des employés, fabrication de produits plus responsables) et environnementaux (production locale, biologique etc.) est importante à ses yeux tout autant que le rendement financier.

  • Contribution à l’impact : dans ce cas l'investisseur contribue activement aux solutions des grands enjeux. Il favorise l’impact tout en recherchant un rendement financier - c’est le principe de l’impact investing, au contraire de la philanthropie. Cette dernière nuance d’intention décrit les investisseurs qui souhaitent résoudre des problèmes sociaux et / ou environnementaux globaux en allouant leur capital sur des marchés sous-développés et en acceptant des rendement plus faibles tout en favorisant l’impact.


Ces 4 classifications d’investisseurs et d’entreprises, qui sont parallèles mais pas exclusives, peuvent être visualisées comme une matrice. La recherche de rendement est présente dans tous les types d’investissements, et un investissement à impact prendra forcément en considération les critères ESG.


Les 5 dimensions de l'impact


L'impact sur les bénéficiaires finaux n'a de valeur que s'il est quantifiable et mesurable. Là encore, l'IMP nous apporte une cadre de mesure et de lecture précieux, en définissant les 5 dimensions de l'impact. Elles sont :


  • Quoi : Quels résultats sont attendus et sur quelle période ? A quel point ces résultats sont-ils importants pour la planète / les hommes ? Ici nous souhaitons savoir quel impact un investissement va avoir. Du côté environnemental, c’est la recherche scientifique qui déterminera si un impact est positif et significatif, ou pas. L’impact social est plus qualitatif car c’est la pertinence pour les parties prenantes qui est prise en compte. Il est néanmoins assez logique de s’imaginer que d’amener la 4G dans une région où peu de foyers possèdent des appareils électroniques aura un impact faible.

  • Qui : Quelles sont les parties prenantes bénéficiant de la solution ? Dans quelle mesure les parties prenantes affectées par le résultat sont mal desservies jusqu’à présent ? Un impact plus important sera produit en apportant de l’eau potable à la population d’un pays qui n’a pas d’infrastructure jusqu’à présent qu’à celle d’un pays développé, qui a tout de même besoin d’eau potable, mais où une proportion beaucoup plus faible de la population souffre de problèmes liés à l’accès à une eau propre. Il est essentiel pour un investisseur à impact de définir les parties prenantes et de prendre en compte aussi bien les impacts positifs que les externalités négatives, qui sont inévitables.

  • Combien : Le degré de changement expérimenté par les parties prenantes La durée du changement L’échelle géographique du changement : les résultats vont-ils avoir lieu pour les membres d’un village, d’une communauté, d’une région, d’un pays tout entier? Le degré de changement consiste en une échelle, adaptable selon l’impact recherché. Une entreprise a un impact plus conséquent lorsqu’elle permet à des enfants en malnutrition d’avoir une alimentation saine et par conséquent de gagner des années d'espérance de vie, qu’une autre qui permet à des personnes déjà en bonne santé de l’améliorer encore plus en ayant accès, par exemple, à des données sur sa nutrition. Bien que les deux aient un impact non négligeable, le degré de changement n’est pas le même.

  • Contribution Ce changement serait-il arrivé sans cette entreprise ? Ex : ce changement suit-il une tendance ou est-il vraiment innovant ? Si d’autres entreprises auraient probablement eu le même impact en suivant une tendance de marché, la contribution au changement est faible. La contribution dépend beaucoup de la temporalité - une entreprise qui produit des voitures électriques a certes une forte contribution en 2021 mais elle aurait été encore plus forte en 2000, quand peu d’entreprises étaient sur ce marché.

  • Risques : Quels sont les risques pouvant interférer avec les résultats ? Quels sont les degrés de risques ? On peut ici retrouver des risques de manque d’efficacité, d’éxécution, d’alignement, d’endurance, d’impacts imprévus, d’incompréhension des parties prenantes, de manque de données d’impact etc.


Comment mesure-t-on l'impact concrètement ?


Une fois que nous intégrons l’intention d’impact de l’investisseur (particulier, fonds, entreprise), celle de l’entreprise qui créera l’impact, et les 5 dimensions, il est nécessaire de définir les indicateurs de mesure de cet impact. Pour ce faire, deux sources majeures sont utilisées dans le domaine de l’impact investing :

  • Le catalogue IRIS+ du Global Impact Investing Network. Ce système, en libre accès, permet pour les investisseurs à impact de mesurer leurs performances d’impact en leur fournissant un certain nombre d’indicateurs selon le secteur de l’investissement et l’objectif désiré. IRIS+ met en avant des études académiques et scientifiques qui permettent de prouver un impact positif allant au-delà des idées préconçues.

  • Les 17 Objectifs de Développement Durable (ODDs), que nous vous avons présentés dans notre série estivale.


Les ODDs ont été divisés en 169 cibles et 231 indicateurs. Prenons par exemple l’ODD 2 : “Faim 0”. Il y a 8 cibles reliées à cet objectif, et 14 indicateurs quantitatifs pour les mesurer.



Le mot de la fin


Cet article explore les différents cadres de références utilisés quotidiennement dans l’impact investing. Bien que ces approches soient très théoriques, elles ont des applications concrètes et permettent d’avoir des références lors de la création d’un portefeuille d’investissement. Il est essentiel de comprendre comment fonctionne l’impact investing pour bâtir une stratégie claire et mesurer l’impact d’investissements qui correspondent à vos intentions.


Au prochain épisode de la série “Devenir Investisseur à Impact” vous découvrirez comment créer sa thèse d’investissement. Rendez-vous dans deux semaines.


Cet article fait partie de la série Devenir Investisseur à Impact, qui explore les dessous de l'impact investing, ses caractéristiques et les différentes approches. Retrouvez les autres articles de cette série ici.

Si vous souhaitez devenir un investisseur à impact, rapprochez-vous de vos conseillers en investissements financiers spécialisés en impact investing qui pourront vous aider à mesurer et connecter les trois dimensions que sont le rendement, le risque et l’impact, et ce à l’image de votre situation patrimoniale et de votre profil d’investisseur.

L'impact investing fait de plus en plus parler de lui mais reste un secteur novateur de l'investissement, il est donc de fait risqué. Si vous désirez réaliser un investissement financier, veuillez vous adresser à votre conseiller qui pourra vous guider vers vos objectifs à la vue de votre situation civile, fiscale et patrimoniale et vous assurer de l’adéquation de l’investissement. Cette série d'articles ne constitue pas de la part de KIMPA une offre d’achat, de vente, de souscription ou de services de conseil en investissements financiers. Elle vise à partager les connaissances des équipes acquises en travaillant quotidiennement dans le secteur.

#ImpactInvesting #SustainableFinance #FamilyOffice

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