8. Le rôle de l'innovation dans l'impact

Updated: Jul 15

L’impact investing intègre une troisième dimension au couple financier traditionnel “risque-rendement”. Il rassemble les investissements réalisés dans l’intention de générer un impact social et environnemental positif et mesurable, ainsi qu’un rendement financier. C’est avant tout une nouvelle manière d’investir, une opportunité d’exploiter le pouvoir du capital tout en contribuant à l’amélioration de notre environnement et de notre société. Embarquez avec nous dans la série “Devenir investisseur à impact” pour tout comprendre sur l’impact investing.



“Innovation, start-ups, améliorations technologiques, créativité, progrés, disruption, solutions scalables” … autant de mots-clés qu’on entend sans cesse, sans forcément comprendre leur réelle signification. Alors l’innovation, qu’est-ce que c’est ? Et comment peut-on y arriver via le prisme de l’investissement ? Comment intégrer l’impact dans l’innovation ? On vous raconte tout ça dans ce 8ème article de notre série.


L'innovation : késako ?


Le dictionnaire Larousse définit l’innovation comme “l’ensemble du processus qui se déroule depuis la naissance d'une idée jusqu'à sa matérialisation”.


L’innovation, c’est surtout un risque que sont prêts à prendre certains investisseurs et certaines sociétés, afin d’améliorer des processus, des produits ou d’aller encore plus loin et de “disrupter” tout un marché, comme a pu le faire Uber dans le secteur du transport ou Airbnb dans celui du tourisme.


La disruption (innovation de rupture) ne consiste pas seulement à améliorer ou perfectionner un produit destiné au même groupe cible qu’auparavant. Elle concerne plutôt l’utilisation de technologies pour rendre faciles d’usage et disponibles au plus grand nombre des produits qui étaient auparavant réservés à une cible réduite.


L’innovation existe à plusieurs niveaux et est possible dans tous les domaines. Cependant, pour simplifier les choses, nous identifions 3 manières clés d’innover :

  1. L'entreprenariat, ou la création de startup qui innove dans un secteur particulier (voir plus de détails ci-dessous)

  2. L’intrapreneuriat, similaire à l’entrepreneuriat mais intégré à une entreprise existante, ce système permet de créer un nouveau projet, produit ou service, tout en recevant des ressources de la part de la maison mère

  3. La croissance externe, qui consiste pour les entreprises à investir au capital social d’autres entreprises innovantes, dans leur secteur ou non.

Les startups n’ont généralement pas la capacité de s’auto-financer à leurs débuts, de par les dépenses engagées comme la R&D (recherche et développement), la constitution de l’entreprise, le recrutement de talents, la mise sur le marché de leur produit ou service etc. et les revenus qui sont souvent faibles les premières années. Afin de pouvoir accélérer leur développement, deux options s’offrent donc à elles : s’endetter ou lever des fonds auprès d’investisseurs en les rémunérant via l’attribution de parts de leur capital social (qui donnent droit à des dividendes et la possibilité de réaliser une plus value quelques années plus tard, si l’entreprise augmente sa valorisation). Puisque les startups sont par nature risquées, la dette est une option peu viable pour la plupart d’entre elles. Elles font donc appel à des business angels, des fonds d’investissement, et des entreprises qui souhaitent investir dans des solutions innovantes pour bénéficier de ressources financières supplémentaires et accélérer leur croissance.


Innover pour avoir un impact


Souvenez vous, dans notre premier article nous définissions l’impact comme : un changement significatif des conditions économiques, sociales, culturelles, environnementales et politiques dû à des actions spécifiques et à des changements de comportement des individus, des communautés ou de la société dans son ensemble.

L’impact, c’est aussi une manière d’innover, de rompre avec les codes traditionnels et d’inventer de nouvelles manières de distribuer un produit / service ou de créer de nouveaux marchés.


Pour concrétiser cela, on vous parle de 3 innovations à impact dans 3 secteurs bien distincts : l’immobilier, l'éducation et l’agriculture.


Immobilier :


Selon l’Agence Internationale de l’Énergie, un programme de l’ONU, les activités du bâtiment et de la construction représentent ensemble 36 % de la consommation finale d'énergie dans le monde et 39 % des émissions de dioxyde de carbone (CO2) liées à l'énergie, si l'on inclut la production d'électricité en amont.


De plus, le réchauffement climatique et les vagues de chaleur qui y sont associées, poussent les promoteurs immobiliers à installer des climatiseurs. Aujourd’hui, 10% de l’électricité globale est consommée par les systèmes d’air conditionné. Pour remédier à ceci, la société Smart Panel, co-fondée par l’architecte Albert Abut et le business developer industriel Adrien Pichon, a créé une façade qui permet de réguler la température interne des bâtiments sans utiliser de climatiseur ni de chauffage.


Partis du constat que les bâtiments sont construits pour les humains mais ne prennent en compte que rarement les mécanismes humains, Smart Panel utilise la rétro-ingénierie pour imiter la nature. En effet, le plus grand organe du corps humain est la peau et elle nous permet de maintenir notre organisme à une température constante de 37º, indépendamment de la température extérieure - c'est ce qu'on appelle l'homéostasie. En bio-mimétisant la peau, Smart Panel crée une façade qui utilise les flux de liquide caloporteur, la ventilation naturelle et l'interaction avec l'atmosphère extérieur pour éviter de devoir installer des systèmes de climatisation électriques tout en maintenant la température intérieure à 23-24º toute l’année.

Un véritable exemple d’innovation qui permet d’avoir un impact environnemental important.


Éducation :


L’éducation est le premier vecteur de rupture du cycle de la pauvreté. L’apprentissage de compétences et de connaissances générales donne accès à l’emploi, permet de s’ouvrir aux enjeux mondiaux et de développer des solutions innovantes. Cependant, comme nous vous le rappelions dans notre article sur l’Objectif de Développement Durable #4 - Éducation de Qualité, 61 millions d’enfants en âge de fréquenter l’école primaire demeurent non scolarisés, pour la plupart dans des zones en conflits ou dans des pays émergents. De plus, 617 millions de jeunes manquent de compétences de base en alphabétisation et en mathématiques, ce qui a une incidence négative sur l’emploi et le développement économique.


Rendre l’éducation accessible à tous, dans la langue locale et avec des programmes adaptés selon les populations, c’est ce que propose la startup Kajou, détachée de l’ONG Bibliothèques sans Frontières pour devenir sa branche commerciale. Kajou met à disposition des populations peu ou pas connectées à internet, des contenus numériques de qualité accessibles depuis leur smartphone. La carte Kajou s'insère dans le port SD du smartphone et donne accès à des milliers de contenus préchargés, sur la santé, l’entrepreneuriat ou encore l’agriculture.


Grâce à un modèle économique qui intègre à la fois la vente de cartes SD en direct (B2B) et via des programmes institutionnels, Kajou est une entreprise à impact, qui génère à la fois des revenus financiers et un impact social et durable.



Agriculture :


L’agriculture est l’une des activités les plus essentielles à la vie humaine, car elle nous permet de nous nourrir et donc de vivre. Cependant, certaines pratiques agricoles modernes ont une empreinte environnementale non négligeable, incluant notamment la pollution et la dégradation des sols, de l’eau et de l’air.


Pour y remédier, nous avons identifié deux solutions innovantes, très différentes mais qui contribuent toutes les deux à l’amélioration du secteur.


  1. Tebrito est une entreprise Suédoise qui a développé un nouvel ingrédient alimentaire protéique dérivé des vers de farine. Il est pur à 88 %, a un goût neutre, est de couleur blanche et présente des propriétés fonctionnelles prometteuses. Les insectes sont très efficaces pour convertir la biomasse en protéines et huiles de haute qualité. Il est possible de les produire à grande échelle dans des installations automatisées, en utilisant les flux secondaires de l'industrie céréalière. Cela les rend à la fois durables et très viables économiquement.

  2. Futura Gaïa, contribue également aux défis liés à l’alimentation d’une population grandissante, en développant un modèle d’agriculture verticale de précision en environnement contrôlé. L’ambition est de proposer des produits aux qualités sanitaires, nutritives et gustatives exceptionnelles, accessibles à tous, en circuit court avec une garantie d’approvisionnement toute l’année. La technologie de Futura Gaïa permet à la fois des économies d’eau et l’utilisation de moins d’intrants chimiques, de meilleures conditions de travail pour les cultivateurs et la réduction des transports car les fermes verticales peuvent être installées proches des villes et donc des consommateurs.



L'écosystème


Dans le monde de l’innovation, le capital humain reste primordial, d’où l’importance des réseaux et du développement des écosystèmes qui y sont liés. En France, une multitude d’acteurs existe : d’une part les mouvements comme Impact France et le collectif Sista, mais également les lieux de rencontre et de partage comme Station F et les évènements comme ChangeNow ou Vivatech. Les fonds d’investissement qui soutiennent les entrepreneurs à impact sont également des acteurs clés pour le développement de ce secteur. A titre d’exemple, nous retenons particulièrement le fonds Founders Future Good, co-fondé par l’entrepreneur et Business Angel Marc Menasé, ou le fonds 2050 qui vise à construire un avenir fertile en investissant dans des entreprises alignées.


Toutes ces structures, et bien d’autres encore comme Ticket for Change, une école pour le changement social et environnemental, permettent aux acteurs de l’innovation à impact de se développer et de croitre.


Le mot de la fin


Les innovations technologiques (marketplaces, intelligence artificielle, robotique) peuvent être mises au service des grandes causes, comme l’éducation, la santé/sécurité, la protection des données personnelles, le logement, les ressources environnementales, l’inclusion et la cohésion sociale. Investir dans des acteurs innovants qui contribuent aux solutions peut passer par plusieurs mécanismes, de la croissance externe d'une entreprise à l'investissement au capital social d'une startup par un investisseur privé. Les réseaux et mouvements sont également primordiaux pour connecter l'écosystème et permettre son développement.


Au prochain épisode de la série “Devenir Investisseur à Impact” nous ferons une synthèse de la série, afin de revoir les points principaux de chaque article. À bientôt !

Cet article fait partie de la série Devenir Investisseur à Impact, qui explore les dessous de l'impact investing, ses caractéristiques et les différentes approches. Retrouvez les autres articles de cette série ici.

Si vous souhaitez devenir un investisseur à impact, rapprochez-vous de vos conseillers en investissements financiers spécialisés en impact investing qui pourront vous aider à mesurer et connecter les trois dimensions que sont le rendement, le risque et l’impact, et ce à l’image de votre situation patrimoniale et de votre profil d’investisseur.

L'impact investing fait de plus en plus parler de lui mais reste un secteur novateur de l'investissement, il est donc de fait risqué. Si vous désirez réaliser un investissement financier, veuillez vous adresser à votre conseiller qui pourra vous guider vers vos objectifs à la vue de votre situation civile, fiscale et patrimoniale et vous assurer de l’adéquation de l’investissement. Cette série d'articles ne constitue pas de la part de Kimpa une offre d’achat, de vente, de souscription ou de services de conseil en investissements financiers. Elle vise à partager les connaissances des équipes acquises en travaillant quotidiennement dans le secteur.

#ImpactInvesting #SustainableFinance #FamilyOffice

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