Comprendre la consommation d'eau douce pour accèder aux bons leviers d'investissement


Le modèle des 9 limites planétaires (planetary boundaries) est publié en 2009, dans les revues Nature et Ecology and Society. Il a été établi par une équipe internationale de 26 chercheurs, menés par Johan Rockström du Stockholm Resilience Centre et Will Steffen de l'Université Nationale Australienne.

Ce modèle identifie 9 seuils que nous ne devons pas franchir si nous souhaitons continuer à nous développer dans des conditions favorables. C’est-à-dire, en évitant les modifications brutales, non-linéaires, difficilement prévisibles, et potentiellement catastrophiques de l’environnement comme le furent en 2021, la tempête de neige Filomena à Madrid ou encore le dôme de chaleur suivi d'incendies en Colombie Britannique, au Canada. Ce nouveau modèle de mesure de l’empreinte écologique des hommes servira par la suite à caractériser l’anthropocène* ou encore l’économie du Donut**.

Dans cette série d’article nous aborderons une à une chaque limite, nous expliquerons ses enjeux et proposerons des solutions à travers l'investissement. La 5ème de ces limites est la consommation d’eau douce.



La consommation d’eau douce sur la place publique

Aujourd’hui, les conséquences des problèmes liés à l’eau sont bien connues du grand public. La raréfaction de l’or bleu est un des problèmes majeurs sur terre et est souvent la cause de la famine et de la propagation de maladies. Dans le monde 500 000 décès sont dus chaque année à des diarrhées sévères causées par de l’eau contaminée.

D’ailleurs, l'Organisation des Nations Unies y a consacré son 6ème Objectif de Développement Durable qui vise à donner un accès équitable et abordable à une eau propre à l’ensemble des humains, tout en préservant les écosystèmes liés à l’eau. Vous trouverez sur notre blog un article mettant en lumière les solutions permettant de mettre son capital au service du 6ème ODD.

Cependant, si les conséquences sont “facilement” assimilables, ses causes, et notamment les synergies de la consommation d’eau douce avec l'atteinte des autres limites planétaires, sont plus dures à appréhender.

Rentrons donc dans le vif du sujet : Quelle est la limite liée à l’eau, identifiée par les équipes à la genèse du modèle des limites planétaires et quelles sont ses intéractions avec les autres limites planétaires ?


La limite à la consommation d’eau douce


Comme définie en 2009, la consommation des ressources en eau de ruissellement doit rester inférieure à 4 000 km3/an.


Aujourd'hui, nous consommons environ 3 800 km3/an.


A l’échelle de la planète cette répartition est comme telle :

  • 70% sont utilisés pour l’agriculture,

  • 20% sont utilisés par l’industrie (lavage, liquide caloporteur etc...)

  • les 10% restants concernent l’utilisation domestique.


Cependant une mesure globale de cette limite est partiellement représentative car l’eau est un enjeu local. Le mesurer à l’échelle de la planète peut pousser à une mauvaise compréhension des enjeux. Par exemple, dans la plupart des pays en voie de développement c’est 90 % de l’eau douce qui est dédiée à l’irrigation. On assiste également à des grandes inégalités : si 1,6 milliard d’humains vivent dans des pays en pénurie d’eau, les français consomment à eux seuls 3,4 km3/an et les américains 72,5 km3/an.


Ainsi, pour bien appréhender les enjeux, il serait plus intéressant d’utiliser des indicateurs comme le WEI +, un indice d’exploitation de l’eau prenant en compte le pourcentage des ressources en eau douce renouvelables à un moment et à un endroit donné. Cependant il est difficile de déployer cet indicateur à grande échelle puisque qu’il nécessite quelques ressources financières et que les pénuries d’eau touchent en premier lieu des pays aux ressources limitées.

Une autre manière d’étudier cette limite est de le faire selon ses interactions avec les autres limites planétaires.



La consommation d’eau douce et le réchauffement climatique.


Les problèmes de réchauffement climatique sont intrinsèquement liés à la limite de consommation d’eau douce. Nous écrivions dans notre article sur le réchauffement climatique, que le changement climatique est dû à une augmentation du forçage radiatif, c’est-à-dire une augmentation de l’énergie stockée dans l’enceinte du système {Océans, Terre, Atmosphère, Glaciers}. Cela a pour effet de perturber le cycle de l’eau, d’une part car moins de glace est stockée en altitude et donc moins d’eau est amenée à ruisseler jusqu’à la mer lorsqu’elle fond, et d’autre part parce que, la quasi-totalité de l’énergie supplémentaire emmagasinée sur terre est stockée par les océans. Plus de 90% du forçage radiatif est absorbé par l’océan, 4,7% par les terres, 3,5% par les glaces et environ 1% par l’atmosphère.




La température de l’océan a évolué en moyenne de +0,88°C par rapport aux niveaux pré-industriel. Les projections pour la fin du siècle prévoient une augmentation additionnelle moyenne de 0,86 °C dans le scénario à faibles émissions (SSP1-2.6). Mais elle sera de 2,89°C dans le pire scénario (SSP5-8.5) et dans tous les scénarios, ce réchauffement se poursuit au moins jusqu’à 2300.


Cette augmentation de température favorise l’évaporation de l’eau et perturbe donc le cycle de précipitation, favorisant les sécheresses dans certaines régions et les fortes précipitations dans d’autres. Cette perturbation est représentée par l’infographie ci-dessous (GIEC AR.6), en fonction de différents scénarios.


Source : GIEC AR6
Source : GIEC AR6


La consommation d’eau douce et les autres limites planétaires.


D’autres limites ont aussi un impact sur l'utilisation d’eau douce et seront abordées dans les semaines qui suivent. Parmi lesquelles l’utilisation des sols. Comme nous l’expliquions plus haut, à l’échelle mondiale, 70% des ressources en eau sont consommées par l’agriculture. Cela est principalement dû au fait que nous consommons des ressources très coûteuses en eau :



Si nous devons produire 1 kg de matière première, nous avons besoin de :

  • 454 litres pour produire du maïs,

  • 590 litres pour le blé,

  • 5 263 litres de coton,

  • 15 500 litres pour le bœuf.


En comparaison, une douche consomme en moyenne 40 à 60 litres d’eau et un bain 120 à 200 litres.


On remarquera que la limite est définie sous le prisme des limites planétaires, dans le but d’analyser le non-renouvellement des ressources. Elle n’est pas définie avec un prisme humain comme dans les objectifs du développement durable. Ainsi elle omet une partie des problèmes comme, l’accès à une eau potable et/ou non polluée, l’accès à des installations sanitaires, le rôle de l’égalite hommes/femmes dans la collecte de l’eau, ou encore le traitement des eaux usées.




Les solutions

Des solutions existent pour contribuer à renverser cette limite. D’abord il existe de nombreux fonds cotés traitants de la thématiques de l’eau (Allianz GI, Pictet Water, Thematics Water chez thematics AM etc…) mais ces fonds abordent le problème sous la composante de l’ESG et non pas dans un objectif d’impact.

Dans le registre de l’impact, une solution à favoriser est l'éco-agriculture, utilisant notre connaissance de l’écologie et notamment de la conservation de l'humidité dans un milieu, au service de l’agriculture. D’autres solutions d’investissements existent comme NAX solutions, qui propose une agriculture de précision qui permet de réduire drastiquement les besoins en eau. Sur d’autres thématiques, il existe Hydrao qui crée des pommeaux de douches basse consommation, ou ILYA qui développe un système innovant de recyclage des eaux grises.

Avec cet article, nous avons abordé la consommation d’eau douce, et nous avons expliqué leur fonctionnement global, leur cause, les activités humaines et ses conséquences imprévisibles et potentiellement dévastatrices. Cet article fait partie de la série “Les limites planétaires” qui explore les 9 seuils que nous ne devons pas franchir si nous souhaitons continuer à nous développer dans des conditions favorables. La semaine prochaine nous aborderons l’utilisation des sols. Vous pouvez retrouver les autres articles de cette série ici.

Si vous souhaitez en savoir plus pour contribuer à cette limite planétaire par l'investissement, prenez contact avec l'équipe Kimpa :





* Anthropocène : Une nouvelle époque géologique qui se caractérise par l’avènement des hommes comme principale force de changement sur Terre, surpassant les forces géophysiques.

** Economie du donut : Ce modèle économique combine le concept de limite planétaire avec celui de frontières sociales. Il propose de considérer la performance d'une économie par la mesure dans laquelle les besoins des gens sont satisfaits (plafond social) sans dépasser le plafond écologique de la Terre.



Source : Wikipédia - Doughnut (modèle économiqe)

Quelques sources et piste pour approfondire le sujet :

- Mettre son capital au service de l'amélioration climatique de Kimpa, ici.

- Le site du GIEC pour accéder au dernier rapport, ici.

- Le compte Twitter de Pour un réveil écologique avec un résumé des 12 chapitres du rapport du GIEC, ici.

- Le site Waterlogic, ici.

- Un article de futura planète, ici.

- Notre article sur l’objectif du développement durable, ici.


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