Comprendre la modification de l’usage des sols pour accéder aux bons leviers d’investissement

Le modèle des 9 limites planétaires (planetary boundaries) est publié en 2009, dans les revues Nature et Ecology and Society. Il a été établi par une équipe internationale de 26 chercheurs, menés par Johan Rockström du Stockholm Resilience Centre et Will Steffen de l'Université Nationale Australienne.


Ce modèle identifie 9 seuils que nous ne devons pas franchir si nous souhaitons continuer à nous développer dans des conditions favorables. C’est-à-dire, en évitant les modifications brutales, non-linéaires, difficilement prévisibles, et potentiellement catastrophiques de l’environnement comme le furent en 2021, la tempête de neige Filomena à Madrid ou encore le dôme de chaleur suivi d'incendies en Colombie Britannique, au Canada. Ce nouveau modèle de mesure de l’empreinte écologique des hommes servira par la suite à caractériser l’anthropocène* ou encore l’économie du Donut**.


Dans cette série d’articles, nous aborderons une à une chaque limite, nous expliquerons ses enjeux et proposerons des solutions à travers l'investissement. La 5ᵉ de ces limites est la modification de l’usage des sols.




La modification de l’usage des sols sur la place publique


Contrairement au réchauffement climatique ou la destruction de la couche d’ozone, la modification de l’usage des sols est un phénomène beaucoup moins médiatisé. Pourtant, au sein du modèle des limites planétaires, l’usage des sols occupe une place centrale prépondérante, puisqu’elle a une influence directe sur 6 des 9 limites et donc indirecte sur les limites restantes.


En France, le ministère de l’écologie et du développement durable a même co-créé le Groupement d’intérêt Scientifique sur les changements d’affectation des sols pour progresser dans l’élaboration des bilans environnementaux, étudier les externalités de cette modification afin d’être capable d’une meilleure prise en compte dans les politiques publiques.




La limite


Initialement, la limite a été définie pour étudier le taux de déforestation de forêts originelles. Celui-ci ne doit pas excéder 25% (75% des forêts originelles doivent rester intactes). Aujourd’hui le taux de déforestation à l’échelle mondiale est déjà de 38% et continue de progresser notamment dans les pays avec un risque élevé *de déforestation* : Argentine, Brésil, Chine, Côte d’Ivoire, Indonésie etc.


Une équipe de chercheurs à L’INRA a d’ailleurs créé deux modèles bioéconomiques d'utilisation des terres se basant sur les scénarios d’évolution du changement climatique pour simuler l’évolution de l'utilisation des sols. Les résultats montrent, pour les deux scénarios, une augmentation de la surface en culture aux dépens des surfaces en forêt et en prairie, qui sont, de fait, moins rentables.


En France métropolitaine, les changements d’utilisation des sols suivent une tendance opposée à la situation mondiale, les territoires occupés par des terres agricoles régressent, principalement sous l’effet de l’artificialisation des sols (les sols bétonnés, les villes, les constructions) mais également par le reboisement du territoire. (Source : UE, CORINE Land Cover, 2018)


Ces chiffres cachent d’ailleurs une autre réalité, celle de l’importation des matières premières issues de la déforestation des forêts tropicales. L'empreinte écologique de la France liée à ces importations représente 14,8 millions d’hectares, soit plus d’un quart de la superficie de la métropole et la moitié de la surface agricole française.





Les interactions avec les autres limites


La modification de l’usage des sols a pour conséquence d’affecter la résilience des écosystèmes et ses qualités biogéochimiques. Cela se traduit par plusieurs phénomènes. D’une part une augmentation des émissions des gaz à effet de serre (déstockage de carbone) lorsqu’on transforme une terre boisée en terre agricole. Lorsque cette même terre est artificialisée cela modifie son albédo (capacité réfléchissante des sols) et contribue positivement au réchauffement climatique.


De manière générale, la modification des usages des sols contribue positivement au réchauffement climatique et donc à l’acidification des océans, cette modification altère les cycles biogéochimiques du phosphore et de l’azote, et contribue à la réduction des ressources en eau. Enfin, elle augmente le risque de catastrophes naturelles et contribue à l’extinction de la biodiversité.





Les solutions


Des solutions existent pour contribuer à renverser cette limite. Une idée proposée par le groupe de travail de l’INRA est l'introduction d’une taxe sur les émissions de gaz à effet de serre dans l’objectif de réduire l’expansion des surfaces en culture. On remarque que cette mesure pourrait également conduire à un effet néfaste pour les conditions de travail des agriculteurs. Une solution d’investissement existe avec Rize ag qui propose d’accompagner les agriculteurs dans l’acquisition de financement liés aux émissions carbone et pour une agriculture plus respectueuse. Dans ce même registre, nous étudions les fonds de livelihoods dont la mission est de soutenir l’agriculture et les communautés rurales pour restaurer les écosystèmes naturels en assurant la sécurité alimentaire et financière de populations locales. Enfin, dans le cadre de ses missions, Kimpa a permis à un fonds d'impact familial d'entrer au capital de Futura Gaïa. Cette entreprise pratique une agriculture en cylindre, qui permet de réduire la surface de terre utilisée, la consommation d'eau et d'intrants. Les fermes sont installées sur d'anciennes friches industrielles, proches des villes et donc des consommateurs finaux.

ll est désormais possible d’exiger plus de vos investissements qu’un rendement ajusté à un niveau de risque. La finance à impact, c'est mettre au cœur de votre stratégie d’investissement une troisième dimension, celle d’avoir un impact positif sur le monde en contribuant par exemple à renverser cette limite planétaire.



Avec cet article, nous avons abordé le changement climatique, nous avons expliqué son fonctionnement global, sa cause, les activités humaines et ses conséquences imprévisibles et potentiellement dévastatrices. Il fait partie de la série “Les limites planétaires” qui explore les 9 seuils que nous ne devons pas franchir si nous souhaitons continuer à nous développer dans des conditions favorables. La semaine prochaine, nous aborderons l’acidification des océans. Retrouvez les autres articles de cette série ici.


Si vous souhaitez en savoir plus pour contribuer à cette limite planétaire par l'investissement, prenez contact avec l'équipe Kimpa :



* Anthropocène : Une nouvelle époque géologique qui se caractérise par l’avènement des hommes comme principale force de changement sur Terre, surpassant les forces géophysiques.


** Economie du donut : Ce modèle économique combine le concept de limite planétaire avec celui de frontières sociales. Il propose de considérer la performance d'une économie par la mesure dans laquelle les besoins des gens sont satisfaits (plafond social) sans dépasser le plafond écologique de la Terre.


Source : Wikipédia -  Doughnut (modèle économique)
Source : Wikipédia - Doughnut (modèle économique)


Quelques sources :


- L'INRAE, ici.


- Le site du gourvernement, ici.


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