Comprendre le Changement Climatique pour accéder aux bons leviers d'investissement

Updated: Sep 17


Le modèle des 9 limites planétaires (planetary boundaries) est publié en 2009, dans les revues Nature et Ecology and Society. Il a été établi par une équipe internationale de 26 chercheurs, menés par Johan Rockström du Stockholm Resilience Centre et Will Steffen de l'Université Nationale Australienne.


Ce modèle identifie 9 seuils que nous ne devons pas franchir si nous souhaitons continuer à nous développer dans des conditions favorables. C’est-à-dire, en évitant les modifications brutales, non-linéaires, difficilement prévisibles, et potentiellement catastrophiques de l’environnement comme le furent en 2021, la tempête de neige Filomena à Madrid ou encore le dôme de chaleur suivi d'incendies en Colombie Britannique, au Canada. Ce nouveau modèle de mesure de l’empreinte écologique des hommes servira par la suite à caractériser l’anthropocène* ou encore l’économie du Donut**.


Dans cette série d’article nous aborderons une à une chaque limite, nous expliquerons ses enjeux et proposerons des solutions à travers l'investissement. La première de ces limites est le changement climatique.



Le changement climatique sur la place publique


Aujourd’hui, il est impossible de passer à côté du thème du changement climatique. Entre les nombreux journaux qui aborde le sujet, le classe politique qui est accusée d’inaction, le 6ème rapport du GIEC sorti en août 2021, dont voici une synthèse, l’activisme toujours grandissant, ou encore les nombreuses initiatives citoyennes et entrepreneuriales comme Time for planet ou La fresque du Climat.

Cependant il reste difficile de comprendre comment fonctionne le réchauffement climatique. On comprend assez facilement que l'Organisation des Nations Unies y a consacré son 13ème Objectif du Développement Durable. On sait aussi que, selon les accords de Paris (2015), il ne faudrait pas dépasser une hausse de température globale de 2°C, et que selon le dernier rapport du GIEC, nous avons déjà contribué à réchauffer la planète de 1,1°C. La cause de tout cela, ce sont principalement les gaz à effets de serre émis par les activités humaines.


La COP 26 arrive à grands pas. Les pays signataires de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques reprendront les conclusions du rapport du 1er groupe de travail du GIEC. Celui-ci porte sur la compréhension physique du changement climatique.


N'oublions pas que 2 autres rapports sont en cours de rédaction par les 2ème et 3ème groupes portant sur les impacts du changement climatique sur la société humaine et les écosystèmes et les solutions globales mises en avant par la communauté scientifique.

Nous espérons qu’ils conserveront au moins l’objectif des accords de Paris : “maintenir l’augmentation de la température moyenne mondiale bien en dessous de 2°C” et parvenir à une neutralité carbone au cours de la seconde moitié du siècle. Un objectif qui ne permet pas d’éviter certaines conséquences déjà catastrophiques mais qui reste ambitieux.


Mais rentrons dans le vif du sujet : le changement climatique, comment ça fonctionne?



Le changement climatique


Le changement climatique c'est une augmentation globale de la température de l'atmosphère, de la terre et des océans qui induit des modifications des évènements climatiques localisés, difficilement prévisible et potentiellement catastrophique. Cela signifie que rien qu’en 2021, le changement climatique est une des causes principales des inondations en Chine et en Belgique (Juillet), du dôme de chaleur et des feux au Canada (Juin) et dans le bassin méditéranéen (Juillet - Août) mais également de la tempête de neige à Madrid (Janvier).


A l’échelle de la planète, le réchauffement du climat se mesure principalement par l’énergie (la chaleur) stockée dans l’enceinte du système {Terre Océan Glaciers Atmosphère}.

La mesure associée s’appelle le forçage radiatif et représente l'énergie qui rentre dans ce système, le rayonnement solaire, moins l’énergie qui en sort (principalement du rayonnement infrarouge ou des rayons solaires). C’est grâce à cette mesure que l’équipe de Johan Rockström a réussi à définir une limite : Le forçage radiatif ne doit pas augmenter de plus de 1W/m².


Belin Education/Humensis, 2020 Enseignement scientifique Terminale, Thomas Haessig
Belin Education/Humensis, 2020 Enseignement scientifique Terminale, Thomas Haessig

Aujourd’hui, le forçage radiatif dû aux activités humaines est évalué à 2,72W/m² (Source GIEC AR6).

Il existe aujourd'hui trois principaux leviers de modification du forçage radiatif :


  1. L'albédo, la capacité réfléchissante de la surface terrestre,

  2. Les aérosols, des petites particules en suspension dans l’atmosphère,

  3. Les gaz à effet de serre (vapeur d’eau*, CO2, méthane, les oxydes d'azote …).

Lorsque les rayons solaires entrent en contact avec la surface terrestre, une partie est réfléchie, c’est l’effet albédo. On remarque d’ailleurs que plus la surface est claire (neige, glace, herbe, canopée etc…) plus la quantité de lumière réfléchie va être importante. Au contraire, plus la surface est foncée (Océan, béton etc...) plus l’énergie lumineuse va être absorbée et va chauffer la surface. Le chauffage du sol a pour effet notamment de faire fondre la banquise de mer présente aux pôles. En remplaçant une surface claire par une surface foncée, cela contribue positivement au forçage radiatif et donc participe à l’emballement thermique de la planète.


Les aérosols, sont des petites particules en suspension dans l’atmosphère. Ils peuvent être naturels comme le pollen, ou artificiels comme les particules fines. Ils ont pour effet de dévier le rayonnement solaire dans toutes les directions et d’en renvoyer une partie vers l'espace. Ce phénomène modifie le bilan radiatif de la Terre et contribue à refroidir le climat (-1,3W/m²).

Cependant, ils ne sont pas une solution pour lutter contre le changement climatique, d’abord parce que ceux émis par l’homme sont souvent hautement toxiques mais également parce qu’ils ont une durée de vie très faible comparée aux gaz à effet de serre. Certains aérosols sont dissipés par les pluies par exemple.


Enfin les gaz à effet de serre ont pour effet de réfléchir les rayons infrarouges venant du sol. En effet, en chauffant le sol, celui-ci va émettre des rayonnements infrarouges en direction de l’espace. Cependant, une partie de ces rayons est réfléchie par l’atmosphère grâce aux gazs à effet de serre comme la vapeur d’eau, le CO2 ou le méthane. Les émissions de ces gaz, produisent un effet de serre additionnel et contribuent à réchauffer le climat.



Les émissions de gaz à effet de serre est la cause première du réchauffement puisqu'ils ont un effet de forçage radiatif de 3,84 W/m² (Source GIEC AR6).

Ces gaz sont émis par quasiment toutes les activités humaines. Ils se retrouvent dans l’environnement et sont absorbés par les puits de carbone. ¼ du CO2 émis est absorbé par les océans, 1⁄4 est absorbé par les végétaux et la photosynthèse et la moitié restante du CO2 émis demeure dans l’atmosphère et contribue positivement au forçage radiatif. (****)



D’autres phénomènes physiques impactent également le bilan, comme les contrails : les traînées de condensation derrière les avions. Estimées à 0,057 W/m2, ces contrails représentent environ 2% du forçage radiatif total. On comprend ici le double impact de l’aviation sur le climat : émissions de CO2 et de contrails.



Enfin, le forçage radiatif lui aussi est absorbé par nos écosystèmes, plus de 90% est absorbé par l’océan, 4,7% par les terres, 3,5% par les glaces et environ 1% par l’atmosphère (Source : AR6 GIEC) et c’est bien cela que l’on appelle changement climatique.




Les effets du changement climatique


Comme expliqué précédemment, la limite comme définie en 2009 est largement dépassée et les effets se font déjà ressentir. Voici les quelques chiffres clés de l’état du climat aujourd’hui, présentés dans le rapport dernier rapport du GIEC :


  • Avec le réchauffement actuel, les températures extrêmes vont être 2,8 fois plus fréquentes dans un horizon de 10 ans et 4,8 fois plus fréquentes dans un horizon de 50 ans, avec des températures moyennes 1,2 °C plus élevées. Cela va se produire sur l’ensemble du globe et notamment en Europe.

  • Les fortes précipitations sur les terres émergées dans un horizon de 10 ans vont être 1,3 plus fréquentes et 6,7% plus humides, notamment au Canada et en Europe du nord.

  • Les sécheresses agricoles et écologiques dans un horizon de 10 ans seront 1,7 fois plus fréquentes et de 0,3 sd plus secs notamment dans le bassin méditéranéen.

  • La température de l’océan a évolué en moyenne de + 0,88°C.


Enfin si vous souhaitez vous informer sur le dernier rapport du GIEC, vous avez en annexes quelques sources, les différents rapports, des résumés et des analyses.



Les Solutions


Les solutions pour limiter les émissions carbones s’articulent en 4 étapes :

  1. D’abord il s’agit de continuer de s’informer, avec les liens en annexes, en s’inscrivant à notre newsletter ci-dessous et en mesurant son empreinte carbone ici.

  2. Ensuite, il faut faire preuve de sobriété, faire attention à sa consommation et s’affairer à consommer moins et mieux. Il est important de limiter un maximum les déchets et de réutiliser ou recycler tout ce qui peut l’être.

  3. Lorsqu’il n’est pas possible d’éviter des émissions en faisant preuve de sobriété, il faut faire en sorte d'optimiser l'efficacité de nos procédés. Favoriser le développement de nouvelles technologies (ODD 9) allant dans ce sens, ou s’intéresser aux initiatives Low-Tech. Cependant, il faut faire attention à l’effet rebond qui peut produire l’effet inverse de celui escompté.

  4. Enfin, il s’agit de compenser les émissions qui ne peuvent ni être évitées ni réduites. Toutefois, planter des arbres est plus compliqué qu’il y paraît et une forêt mal entretenue peut favoriser les départs de feu causés par les fortes chaleurs et donc rejeter la même quantité de carbone que celle absorbée.


Avec cet article nous avons abordé le changement climatique, nous avons expliqué son fonctionnement global, sa cause, les activités humaines et ses conséquences imprévisibles et potentiellement dévastatrices. Il fait partie de la série “Les limites planétaires” qui explore les 9 seuils que nous ne devons pas franchir si nous souhaitons continuer à nous développer dans des conditions favorables. La semaine prochaine nous aborderons l’acidification des océans. Retrouvez les autres articles de cette série ici.



Si vous souhaitez en savoir plus pour contribuer à cette imite planétaire par l'investissement, prenez contact avec l'équipe Kimpa :




* Anthropocène : Une nouvelle époque géologique qui se caractérise par l’avènement des hommes comme principale force de changement sur Terre, surpassant les forces géophysiques.


** Economie du donut : Ce modèle économique combine le concept de limite planétaire avec celui de frontières sociales. Il propose de considérer la performance d'une économie par la mesure dans laquelle les besoins des gens sont satisfaits (plafond social) sans dépasser le plafond écologique de la Terre.

Source : Wikipédia - Doughnut (modèle économique)

*** Vapeur d'eau : La vapeur d’eau a un effet de GES car elle réfléchit les rayons infrarouges. Elle est relachée dans l’atmosphère par l’Évapotranspiration c'est-à-dire l'eau transférée vers l'atmosphère, par l'évaporation au niveau du sol et au niveau de l'interception des précipitations, et par la transpiration des plantes. Cependant pour l'instant nous connaissons peu de leviers ou d'implication directe des activités humaines dans ce phénomène.


(****) La répartition de l'absorption du CO2 par les puits de carbone est une approximation (en réalité l'atmosphère stocke 46% du CO2 alors que l'océan absorbe 23% et que la terre absorbe 31%). De plus, ces proportions sont amenées à évoluer, plus nous émettons, plus la part de CO2 captée par les océans et la biosphère diminue.



Quelques sources et piste pour approfondire le sujet :


- Mettre son capital au service de l'amélioration climatique de Kimpa, ici.


- Le site du GIEC pour accéder au dernier rapport, ici.


- L'article de Bon pote qui synthétise et analyse le rapport pour décideurs, ici.


- Le compte Twitter de Pour un réveil écologique avec un résumé des 12 chapitres du rapport du GIEC, ici.


- La chimie atmosphérique


- Quoi dans mon assiette


- Notre-planète.info

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