Comprendre le phénomène d'acidification des océans pour identifier les bons leviers d’investissement


Le modèle des 9 limites planétaires (planetary boundaries) est publié en 2009, dans les revues Nature et Ecology and Society. Il a été établi par une équipe internationale de 26 chercheurs, menés par Johan Rockström du Stockholm Resilience Centre et Will Steffen de l'Université Nationale Australienne.


Ce modèle identifie 9 seuils que nous ne devons pas franchir si nous souhaitons continuer à nous développer dans des conditions favorables. C’est-à-dire, en évitant les modifications brutales, non-linéaires, difficilement prévisibles, et potentiellement catastrophiques de l’environnement comme le furent en 2021, la tempête de neige Filomena à Madrid ou encore le dôme de chaleur suivi d'incendies en Colombie Britannique, au Canada. Ce nouveau modèle de mesure de l’empreinte écologique des hommes servira par la suite à caractériser l’anthropocène* ou encore l’économie du Donut**.


Dans cette série d’article nous aborderons une à une chaque limite, nous expliquerons ses enjeux et proposerons des solutions à travers l'investissement. La deuxième de ces limites est l’acidification des océans.



L’acidification des océans sur la place publique


Contrairement au réchauffement climatique, l’acidification des océans est un phénomène bien moins connu du grand public. On a cherché dans la presse, et il y a seulement deux articles dans Le Monde et un seul dans les Echos depuis 2014. Cela s’explique principalement par le fait que la limite définie en 2009 n’est pas encore dépassée et donc que nous ne ressentons pas pour l’instant les effets de ce changement.


Mais sont-ils pour autant négligeables ?




L’acidification des océans


Dans le 2ème article, sur le changement climatique, nous écrivions à propos des puits de carbone. Une fois émis, le CO2 va soit être consommé par les végétaux terrestres au travers de la photosynthèse (31%), soit être stocké/consommé par les océans et les écosystèmes océaniques (23%), soit être stocké dans l’atmosphère (46%).



Chacun de ces puits ont des répercussions sur l’environnement. Les végétaux terrestres par exemple, consomment du CO2 pour produire de l’oxygène et du sucre, et une partie du CO2 est stockée dans les sols sous forme de matière organique végétale (note : qui formera du charbon après 350 millions d'années).

Le carbone stocké dans l’atmosphère est, lui, responsable de l’augmentation du forçage radiatif en réfléchissant les rayons infrarouges émis par la terre.

Enfin, le carbone stocké dans les océans est responsable de leur acidification.



Le phénomène d'absorption du dioxyde de carbone repose sur un équilibre entre la quantité de gaz dans l’air et dans l’eau. Lorsque les activités humaines émettent du CO2 dans l’air, l’équilibre est bousculé et l'océan absorbe le surplus. L’océan stocke du carbone c’est-à-dire, augmente sa concentration en CO2. Celui-ci va réagir avec l’eau des océans (1) et créer des ions H+ (des molécules chargées) responsables de l’acidification des océans***.



Le problème causé est multiple :


D’abord parce que l’acidification des océans réduit la disponibilité des ions carbonate (2). Ces ions sont à l’origine du phénomène de calcification, ou, création de calcaire, un élément constitutif important du squelette et de la coquille de nombreux organismes marins. Cela a pour impact d'augmenter la solubilité des coquilles de nombreux animaux marins, constituées de carbonate de calcium (comme celle du homard), cela rend les coquilles plus sensibles aux effets corrosifs de l’acidification des océans.





Cet effet se produit également sur certains types de planctons et affecte considérablement leur survie. La mise en danger d’une espèce implique la mise en danger de toute la chaîne alimentaire. Ici nous parlons de la chaîne alimentaire océanique, dont le premier maillon est justement le plancton. Un sujet que nous avons traité dans l’article sur l’objectif du développement durable numéro 14.



Autrement dit, les émissions humaines, font augmenter la concentration de CO2 dans les océans, ce qui a pour effet d’acidifier les eaux et de mettre en danger toute la chaîne alimentaire marine.

Enfin, l'océan et la photosynthèse de ses organismes végétaux (le phytoplancton notamment) absorbent le CO2 et produisent de l'oxygène. Priver l’océan du phytoplancton poserait donc des problèmes d’hypoxie (manque d’oxygène) des animaux marins, déstabilisant encore plus la chaîne alimentaire. Notons que l'océan absorbe environ 23% du CO2 de la planète et produit entre 50% et 75% de l'oxygène que nous respirons, selon les sources et les zones géographiques.





Bon... excusez nous de tous les termes un peu compliqués, mais on comprend un peu mieux maintenant pourquoi les journaux évitent le sujet.


Si on doit résumer, en effet, aujourd’hui la limite définie en 2009 sur l’acidification des océans n’est pas encore dépassée, et à l’échelle mondiale l’humanité ne ressent pas totalement les effets de ce changement. Cependant, cela s’explique par le fait que la captation du CO2 par les océans est un phénomène long. Ainsi, le CO2 émis aujourd’hui ne contribuera à l’acidification des océans que dans quelques années. Autrement dit, si on arrête d’émettre du CO2 aujourd’hui, les océans continueront de s’acidifier encore pendant quelques dizaines d’années.

Depuis le début de la révolution industrielle, le pH à la surface des océans a connu une chute se mesurant en dixièmes d’unités de pH. Bien que cela ne semble pas être un changement important, il est significatif, car il représente une hausse d’environ 30 % de la concentration en ions hydrogène (H+).

Enfin, si on suit le dernier rapport du GIEC, l’océan est le principal régulateur du climat puisqu’il absorbe 91% de l'énergie dûe au supplément de forçage radiatif. Les prédictions annoncent que ce réchauffement continuera jusqu’en 2300, perturbant toujours plus la capacité des écosystèmes à s’adapter, à réguler le climat ou à capter le carbone (effet de stratification des océans).


C’est pourquoi il est nécessaire de commencer à agir dès maintenant si nous ne voulons limiter les impacts sur notre société et sur l’environnement.




Les solutions


Pour contribuer à cette limite planétaire via l’investissement, deux possibilités existent : diminuer nos émissions de CO2 pour limiter les impacts, ou faciliter l’adaptation et mitiger les conséquences.

Pour cela, il existe des solutions d’investissements, comme Aqua Spark qui est un fonds d’investissement qui favorise l’adaptation à ces changements en se focalisant sur une aquaculture plus saine, durable et abordable.


Si vous souhaitez en savoir plus sur l’acidification des océans et sur les solutions d’investissement qui existent pour mitiger ce changement, vous pouvez nous contacter via le formulaire ci-dessous :





* Anthropocène : Une nouvelle époque géologique qui se caractérise par l’avènement des hommes comme principale force de changement sur Terre, surpassant les forces géophysiques.


** Economie du donut : Ce modèle économique combine le concept de limite planétaire avec celui de frontières sociales. Il propose de considérer la performance d'une économie par la mesure dans laquelle les besoins des gens sont satisfaits (plafond social) sans dépasser le plafond écologique de la Terre.


 Source : Wikipédia -  Doughnut (modèle économique)
Source : Wikipédia - Doughnut (modèle économique)

*** Acidification : Baisse du pH, due à l’introduction d'espèce acide dans un milieu ou à l’augmentation des ions H30+ (H+)



(1) CO2 (aq) + H20 → H2CO3 (aq) → HCO3 (aq) + H+ ou CO32- + 2H+


(2) CO2 (aq) + H2O + CO32- → 2 HCO3-



Quelques sources et piste pour approfondire le sujet :


- Mettre son capital au service de l'amélioration climatique de Kimpa, ici.


- Le site du GIEC pour accéder au dernier rapport, ici.


- L'article de Bon pote qui synthétise et analyse le rapport pour décideurs, ici.


- Le compte Twitter de Pour un réveil écologique avec un résumé des 12 chapitres du rapport du GIEC, ici.


- L’océan fabrique l’air que nous respirons


- Changements dans la chimie de la mer



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